Un prétendant au titre de livre le plus rare du monde est un recueil de nouvelles s’intitulant « Des Contes rien que pour Moi », du vénézuélien Spiridon Svirid, né à Maracaïbo en 1888, et mort à Valence en 1966.

Pour la petite anecdote, il s’agit de Valence en Isère et non pas Valence, bourgade située à 400 km de Maracaïbo. Mais c’est une autre histoire.

Monsieur Svirid entreprit la rédaction de ce recueil au printemps 1923, et le termina fin 1940. Sitôt achevé, l’écrivain contacta l’éditeur de son choix pour qu’il réalise son ouvrage à compte d’auteur, mais avec des conditions très strictes quant à son impression : L’imprimeur dût s’engager à n’en produire qu’un seul exemplaire, et dût en outre signer un accord de confidentialité qui interdisait à quiconque d’en lire les épreuves, ne serait-ce qu’une phrase. L’impression terminée, le manuscrit fut brûlé devant l’auteur et un notaire.

Car comme son titre l’indique, ce recueil n’a jamais été destiné à être lu par personne d’autre que monsieur Svirid lui-même. Il fit stipuler dans son testament qu’aucune copie du livre, aucune note ayant servi à sa rédaction, aucune épreuve de tirage ni aucun leg de quelque nature que ce soit ne devait lui survivre ni être transmis à ses descendants.

La rareté de l’ouvrage augmenta dramatiquement lorsqu’après avoir lu l’unique exemplaire existant, Spiridon Svirid le jeta au feu en déclarant avec colère :

C’est d’un ennui mortel, comment peut-on écrire des choses aussi barbantes ? Macha, prépare-moi un thé, je vais me coucher.

On ne peut que féliciter monsieur Svirid d’avoir évité aux futures générations de gâcher papier, encre et anxiolytiques, en ayant cette démarche écologiquement responsable avant l’heure.


Retrouvez Les Archives de l’Insondable en podcast. Si vous appréciez ce travail, merci de nous soutenir. Les contributions, même modestes, sont une réelle motivation.