Le soliste Giovanni Moricelli (1706-1784) était autant réputé, dans sa bonne ville de Bologne, pour sa maîtrise de la flûte à bec que pour sa petite taille.

Pourtant, s’il nous prenait l’envie saugrenue d’exhumer le corps du maestro, et qu’on effectuait des mesures précises des mensurations de son squelette, on se rendrait compte qu’il mesurait en réalité 1m76. Ce qui correspond à une taille très respectable pour l’époque.

En réalité, Moricelli souffrait d’une affection rarissime et dont les symptômes sont, encore de nos jours, très difficiles à diagnostiquer ; à savoir une malformation congénitale de la perspective. Même installé au premier rang de son orchestre, il donnait l’impression aux spectateurs d’être assis plus loin que les musiciens postés derrière lui. Cette maladie explique la réputation de mi-portion qu’il conserva toute sa vie.

Quant aux musiciens qui l’accompagnaient, ils avaient pour habitude de se concentrer sur leurs partitions et d’éviter de regarder dans la direction du soliste, pour ne pas risquer migraines ophtalmiques, nausées et, pour les plus sensibles, une rupture d’anévrisme.

Il est dommage que cette affection soit encore taboue de nos jours, car de nombreuses personnes à verticalité contrariée pourraient ainsi clamer « Je ne suis pas petit ! Je suis affligé d’une perspective défaillante ! »


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